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Yukon : une francophonie en or

La commissaire du Yukon Angélique Bernard tient l’insigne de l’Ordre du Yukon, la plus haute distinction honorifique du territoire. (Crédit photo : Twitter- Gord Fortin)

Le 26 mars 2018, Angélique Bernard prêta serment à titre de 26e commissaire du Yukon. Elle est la quatrième femme et la première francophone à occuper cette fonction, qui s’apparente à celle du lieutenant-gouverneur dans les provinces canadiennes. Originaire de Brossard, cette traductrice de formation s’est grandement impliquée dans la communauté francophone du Yukon. Elle a notamment été présidente de l’organisme Les EssentiElles, qui représente les femmes franco-yukonnaises, et elle a aussi dirigé l’Association franco-yukonnaise.

 

Angélique Bernard est bien plus que la représentante de la Couronne britannique au Yukon. Elle symbolise parfaitement la francophonie yukonnaise, des personnes d’origines diverses qui n’hésitent pas à promouvoir et préserver le fait français dans le nord-ouest du Canada.

 

Une présence francophone marquée

Le tourisme est un milieu où les Franco-Yukonnais sont très présents. Des entreprises offrent des services dans plusieurs domaines, dont les promenades en traîneau à chiens, les excursions à vélo de montagne et l’interprétation de lieux historiques. Beaucoup d’entre eux travaillent dans l’administration publique, particulièrement en éducation, et dans le secteur de la construction.

 

La francophonie yukonnaise organise pour la population des activités culturelles comme les Cafés-rencontres, ou encore les Cinq à sept en musique, qui donnent l’occasion aux talents locaux d’être découverts. En février de chaque année, lors du Yukon Sourdough Rendezvous, l’Association franco-yukonnaise tient une cabane à sucre. Au menu, on apprécie des spécialités comme la tire d’érable et le sucre à la crème. Le 15 mai, la Journée de la francophonie yukonnaise permet à tous les Yukonnais de célébrer le fait français au Yukon.

Jeunes Franco-Yukonnais (Crédit photo : Francis Lefebvre, Association franco-yukonnaise)

Un peu d’histoire

La première présence francophone au Yukon remonte au milieu du 19e siècle. Le Britannique Robert Campbell a exploré la région au cours des années 1840, accompagné de francophones. En 1848, Campbell fonde le fort Selkirk, un poste de traite situé le long de la rivière Pelly.

 

Une trentaine d’années plus tard, les francophones percent le commerce des fourrures du Yukon, notamment grâce à François-Xavier Mercier. Cousin de l’ancien premier ministre québécois Honoré Mercier, ce natif de Repentigny débarque dans le Nord-ouest canadien au début des années 1870. Quatre ans plus tard, Mercier et Jack McQuesten établissent le fort Reliance, un comptoir commercial situé près de la ville de Dawson, non loin du lieu où les premiers filons d’or vont être découverts par la suite.

 

Mercier va également jouer un rôle majeur dans l’arrivée des premiers missionnaires catholiques dans la région, Isidore Clut et Auguste Le Corre, deux oblats originaires de France. Avec l’aide d’autres communautés religieuses francophones, dont les Sœurs de Saint-Anne de Montréal, ils mettent sur pied des écoles et des hôpitaux.

 

Vers la fin du 19e siècle, la découverte d’or près de la ville de Dawson va rapidement transformer la région du Klondike. Trois-mille francophones vont faire partie des quelque 30 000 chercheurs qui vont se rendre à cet endroit. Le Québécois Narcisse Picotte est l’un des chanceux qui trouvera de l’or. Il réinvestira ses gains dans l’industrie aurifère et facilitera la mécanisation du travail des mineurs yukonnais.

Émilie Tremblay, en compagnie de son neveu Edmond Tremblay (à gauche) et de Télesphore Simard (à droite). (Crédit photo : Corridor Canada – Société historique du Saguenay)

Cependant, c’est une native du Lac-Saint-Jean qui va marquer l’histoire francophone yukonnaise. Émilie Tremblay débarque au Yukon en 1894, accompagnée de son époux Nolasque Tremblay. Elle est la première femme de race blanche à franchir le dangereux col Chilkoot, situé aux frontières de l’Alaska, de la Colombie-Britannique et du Yukon. Après un premier hiver à Miller Creek, les Tremblay passent les trois années suivantes en transit, au Québec et en Nouvelle-Angleterre, afin de visiter des membres de leurs familles. Ils reviennent au Yukon en 1897, au beau milieu de la ruée vers l’or.

 

Dans la région de Dawson, Émilie Tremblay va s’impliquer de multiples façons. Elle participe à des accouchements et baptise des bébés. Elle vient en aide aux malades et veille à l’inhumation des défunts. En 1913, elle ouvre une boutique de vêtements pour femmes, tout en poursuivant son implication sociale. L’école primaire de Whitehorse porte son nom et le bâtiment dans lequel se trouvait sa boutique fait partie du Lieu historique national du Complexe-Historique-de-Dawson.

 

La situation actuelle

Plus de 1 600 Franco-Yukonnais résident dans ce territoire, principalement dans la capitale Whitehorse. La francophonie yukonnaise est parmi l’une des plus diversifiées au Canada. 10% des Franco-Yukonnais sont nés au Yukon, près des trois quarts d’entre eux sont natifs d’ailleurs au Canada. Ceux et celles originaires de l’étranger proviennent majoritairement d’Europe, des Caraïbes et d’Afrique.

 

En 1979, les Franco-Yukonnais se rassemblent afin de faire respecter leurs droits. Ceci va aboutir à la création de l’Association franco-yukonnaise, trois ans plus tard. En 1996, ils obtiennent la mise sur pied de la Commission scolaire francophone du Yukon. Elle compte près de 300 élèves répartis dans trois écoles.

 

Le journal L’Aurore boréale est le principal média de la francophonie yukonnaise. En plus de l’Internet, l’offre médiatique de Radio-Canada est aussi présente au Yukon, la station de Vancouver couvre l’actualité yukonnaise sur ses plateformes télé et radio. CBC Radio diffuse également deux émissions sur les francophones du Yukon, Rencontres et Minutes francophones.

Pour en savoir plus

-L’Association franco-yukonnaise (https://www.afy.yk.ca/)

-Le journal L’Aurore boréale (http://auroreboreale.ca/)

-Le Lieu historique national du Complexe-Historique-de-Dawson (https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/yt/klondike/culture/lhn-nhs_daw)

-La Commission scolaire francophone du Yukon (https://www.csfy.ca/)

-Commissaire du Yukon (http://www.commissioner.gov.yk.ca/fr/about/welcome.html)

La Fédération des communautés francophones et acadiennes assure la défense et la promotion des droits et intérêts des francophones vivant dans neuf provinces et trois territoires au Canada. Crée en 1975, la FCFA est la voix nationale de 2,7 millions de francophones. Elle agit à titre de chef de file des organismes et institutions voués au développement des francophonies. Elle fait connaitre davantage leur diversité au Québec et consolide les liens de collaboration avec la société civile et avec le gouvernement du Québec. www.fcfa.ca