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Saskatchewan : une francophonie ensoleillée

L’œuvre Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, qui se trouve sur la promenade Samuel-De Champlain à Québec, a été conçue par le sculpteur fransaskois Joe Fafard. (Crédit photo : YouTube)

Depuis 2010, les marcheurs qui empruntent la promenade Samuel-de Champlain à Québec peuvent observer l’œuvre Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, huit chevaux en acier donnés par Calgary à Québec pour le 400e anniversaire de la ville. Ils ont été fabriqués par Joe Fafard, un artiste francophone originaire de la Saskatchewan décédé en mars 2019. Tout au long de sa carrière, Fafard a produit de nombreuses sculptures d’argile, de bronze et d’acier présentant des artistes et des animaux canadiens, qui sont exposées partout dans le monde. Fafard symbolise aussi parfaitement l’esprit créatif et avant-gardiste des Fransaskois.

Un impact francophone au royaume du blé

À l’instar des autres francophonies canadiennes, les Fransaskois et les Fransaskoises font leur marque dans le domaine artistique. En littérature, le nom de Jean Féron vient en tête de liste. Son roman La Métisse présente un nouveau visage de la Saskatchewan. Aujourd’hui, Laurier Gareau, Gilles Poulin-Denis et David Baudemont sont les écrivains fransaskois les plus connus.

La Troupe du Jour, basée à Saskatoon, est la principale institution théâtrale fransaskoise. Fondée en 1987, la troupe, dirigée par Denis Rouleau, s’est distinguée à plusieurs reprises, récoltant au passage des distinctions tels le Prix Marcus-Banque Nationale du Centre national des arts et de nombreux prix culturels saskatchewanais. De plus, la Troupe du Jour offre aussi une plateforme aux auteurs fransaskois, en adaptant pour le théâtre certaines de leurs œuvres.

Cependant, c’est sur la scène musicale que les Fransaskois et les Fransaskoises ont eu le plus d’impact. En 1979, les sept enfants de la famille Campagne, de Willow Bunch, ont commencé à chanter en anglais et en français un peu partout au Canada. Dans les années 1990, certains membres de la famille Campagne connaissent le succès avec le groupe Hart Rouge. Toutefois, Carmen Campagne se démarque au Québec au cours de la même décennie, surtout auprès des plus jeunes, avec ses succès Un bon chocolat chaud, Ah ce qu’on est bien et La vache en Alaska. Ceci lui a permis de vendre plus d’un million de disques et de DVD, tout en mettant la main sur quatre prix Félix, un prix Juno et une nomination aux Parents’ Choice Award (États-Unis). Aujourd’hui, plusieurs artistes font rayonner la scène musicale fransaskoise. Pensons aux chanteurs Alexis Normand, au rappeur Shawn Jobin et au ténor Émile Belcourt.

L’auteure-compositrice-interprète fransaskoise Carmen Campagne, qui a fait le bonheur des jeunes dans les années 1990. (Crédit photo : YouTube)

En Saskatchewan, les francophones jouent aussi un rôle non négligeable sur la scène économique. On les retrouve en agriculture, surtout dans la culture du blé et dans l’industrie forestière. Les Fransaskois et les Fransaskoises sont également présents dans le milieu scolaire, dans la fonction publique, en vente et services et dans le domaine des affaires et de la finance. Le Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CECS) est le principal organisme d’aide à l’entrepreneuriat fransaskois.

Un peu d’histoire

En 1740, Louis-Joseph de La Vérendrye, fils de Pierre de La Vérendrye, est le premier explorateur à s’aventurer en Saskatchewan. Une décennie plus tard, Louis de La Corne, officier français né au Canada, établit le fort de La Corne, près d’où se trouve maintenant Prince Albert. Les contacts entre les Européens et les populations autochtones locales mènent à la naissance du peuple métis, encore très présent en Saskatchewan aujourd’hui. En 1846, Mgr. Alexandre Tâché, évêque de Saint-Boniface (Manitoba), et un prêtre originaire de Trois-Rivières, Louis-François Laflèche, fondent l’Île-à-la-Crosse, une mission catholique francophone située dans le nord de la Saskatchewan.

Au début du 20e siècle, Mgr. Taché joue un rôle-clé dans l’arrivée de nombreux colons francophones en Saskatchewan. Ces immigrants et immigrantes provenaient de la Belgique, de la Suisse, de la France et des États-Unis. Certains de ces nouveaux arrivants vont s’établir dans les villes de Saskatoon, de Régina et de Prince Albert. D’autres font le choix de vivre dans des villages comme Prud’homme, Ponteix, Gravelbourg, Val-Marie et Saint-Brieux, où plusieurs s’adonnent à la culture du blé, une activité emblématique de la Saskatchewan.

À partir des années 1970, la situation des Fransaskois et des Fransaskoises s’améliore. Inspirés par le Père André Mercure, qui conteste jusqu’en Cour suprême une contravention rédigée seulement en anglais, la communauté réclame davantage de droits. En 1988, les francophones obtiennent la gestion des écoles de langue française et, en 1995, le Conseil des écoles fransaskoises (CEF) voit le jour. Aujourd’hui, le CEF compte plus de 1 400 élèves répartis parmi 14 écoles.

On trouve aujourd’hui plus de 17 000 francophones en Saskatchewan. Ils sont présents dans les villes de Regina, de Saskatoon, de Prince Albert, de Moose Jaw et de Swift Current, mais aussi dans des municipalités rurales du sud de la Saskatchewan comme Gravelbourg, Ponteix et Willow Bunch, ainsi que Zenon Park plus au nord. Les Fransaskois et Fransaskoises bénéficient d’une radio communautaire, CFRG, basée à Gravelbourg, et d’un journal provincial publié aux deux semaines, L’Eau vive. Radio-Canada maintient également un service régional en français en Saskatchewan (radio, télévision, Web).

Jeunes Fransaskois (Crédit photo : rvf.ca)

Afin de promouvoir leur culture, les Fransaskois et les Fransaskoises organisent des festivals francophones partout à travers la province. La Fête fransaskoise réunit, pendant trois jours, des artistes de la Saskatchewan et d’ailleurs au Canada. Quant à elle, la famille Campagne organise le Festival Terre ferme, tenu sur leur domaine familial, au cours duquel les spectateurs et les spectatrices peuvent assister à des prestations musicales et participer à des ateliers thématiques sur le yoga et le jardinage biologique, notamment.

Saviez-vous que Pierre de La Vérendrye a également mis le pied en Alberta? En 1742, il est arrivé au pied des Rocheuses, à l’endroit où se trouve la municipalité de Cowley, dans le sud de l’Alberta.

Pour en savoir plus

-L’Assemblée communautaire fransaskoise (https://www.fransaskois.sk.ca/)

-La Fête fransaskoise (https://fetefransaskoise.wordpress.com/)

-La Troupe du Jour (http://www.latroupedujour.ca/)

-Le Conseil des écoles fransaskoises (https://ecolefrancophone.com/fr/)

-Le journal L’Eau vive (https://leau-vive.ca/)

La Fédération des communautés francophones et acadiennes assure la défense et la promotion des droits et intérêts des francophones vivant dans neuf provinces et trois territoires au Canada. Crée en 1975, la FCFA est la voix nationale de 2,7 millions de francophones. Elle agit à titre de chef de file des organismes et institutions voués au développement des francophonies. Elle fait connaitre davantage leur diversité au Québec et consolide les liens de collaboration avec la société civile et avec le gouvernement du Québec. www.fcfa.ca