Mieux se connaître!

Manitoba : une joie de vivre francophone

L’architecte franco-manitobain Étienne Gaboury est l’auteur de L’Esplanade Riel. Ce pont piétonnier a la particularité d’être le seul en Amérique du Nord à accueillir un restaurant. (Crédit photo : rvf.ca)

Ce pont ne vous fait-il pas penser à un autre pont?

Inaugurée en 2003, l’Esplanade Riel est l’une des constructions les plus impressionnantes de Winnipeg. Elle relie le quartier francophone de Saint-Boniface au quartier anglophone de la Fourche. Ce pont piétonnier a été conçu par Étienne Gaboury, architecte franco-manitobain de renommée internationale. Au cours de sa carrière, Gaboury a dessiné les plans de 73 bâtiments du Manitoba, de l’Esplanade Riel à la Cathédrale de Saint-Boniface, en passant par le Centre culturel franco-manitobain et les bureaux de la Monnaie royale canadienne à Winnipeg. Toutefois, Étienne Gaboury est bien plus qu’un architecte notoire. Il représente parfaitement la créativité et le dynamisme franco-manitobain.

Une francophonie tournée vers les arts

Les Franco-Manitobains se démarquent dans plusieurs domaines. En littérature, Gabrielle Roy est sans contredit l’auteure franco-manitobaine la plus connue. Ses romans Bonheur d’occasion et Détresse d’enchantement lui ont permis de devenir une figure majeure de la littérature francophone. Aujourd’hui, d’autres auteurs franco-manitobains se distinguent. J. Roger Léveillé a vu plusieurs de ses livres, dont Le soleil du lac qui se couche, être publiés au Canada et en France. Lise Gaboury-Diallo a publié plusieurs recueils de poésie, qui ont été récompensés par plusieurs prix, dont les prix des lecteurs et de poésie de Radio-Canada et le Prix Émile-Ollivier.

En musique, l’apport des Franco-Manitobains est considérable. Que ce soit avec Alpha Toshineza (rap), le groupe Willows (folk), Marcel Soulodre (folklore), Daniel Roa (pop) et le groupe Kraink (rock), tous les goûts musicaux sont disponibles. Cependant, l’auteur-compositeur-interprète Daniel Lavoie est le plus connu. Les Franco-Manitobains le connaissent aussi pour être le compositeur de la Chanson du voyageur, hymne officiel du Festival du Voyageur.

Les Franco-Manitobains font leur marque aussi du côté des arts de la scène, le Théâtre Cercle Molière étant l’institution la plus connue. Fondée en 1925, il s’agit de la plus vieille troupe de théâtre toujours active au Canada.

Autres domaines d’impact

Le domaine économique est également un autre secteur dans lequel les Franco-Manitobains maintiennent une bonne présence. Plusieurs organismes visent à favoriser l’épanouissement économique des Franco-Manitobains, dont le Conseil de développement économique des municipalités bilingues, la Chambre de commerce francophone de Saint-Boniface et des corporations de développement économiques présentes dans les villages francophones à l’extérieur de Winnipeg

Un peu d’histoire

En 1731, l’explorateur Pierre de La Vérendrye quitte Montréal afin d’explorer l’ouest de l’Amérique du Nord. Son objectif est de trouver des territoires pour la traite des fourrures et une nouvelle route vers l’Asie. Ce périple va l’amener au Manitoba. En 1738, il établit le fort Rouge, où se trouve aujourd’hui Winnipeg. Les contacts que les explorateurs auront avec les populations autochtones locales mèneront plus tard à la naissance du peuple métis.

Une vue de Saint-Boniface en 1858. (Crédit photo : Bibliothèque et Archives Canada)

Au début du 19e siècle, un couple de colons francophones du Québec, le trappeur Jean-Baptiste Lagimodière et son épouse Marie-Anne Gaboury, va s’installer à la rivière Rouge. Ce couple va devenir l’ancêtre des Franco-Manitobains. Gaboury est la première femme de race blanche à s’installer au Manitoba et va plus tard devenir la grand-mère de Louis Riel. Lagimodière et Gaboury vont aussi travailler à amener des prêtes dans la région. En 1818, les missionnaires québécois Sévère-Joseph-Nicolas Dumoulin et Joseph-Norbert Provencher débarquent à la rivière Rouge, après y avoir été envoyés par l’évêque de Québec. Plus tard, des Sœurs Grises de Montréal vont aller les rejoindre, et mettront sur pied des services de santé.

Le chef métis Louis Riel, qui a étudié un certain temps au Collège de Montréal, va jouer un rôle majeur dans la création du Manitoba comme province canadienne, en 1870. Encore aujourd’hui, il est considéré comme le « père du Manitoba », et le troisième lundi de février de chaque année est célébrée la Journée Louis Riel en son honneur.

Au XXe siècle, grâce à l’activiste Georges Forest, les Franco-Manitobains vont obtenir une victoire majeure en 1979. La Cour suprême invalide l’Official Language Act de 1890, qui avait abolit le français comme langue officielle. En 1994, la Division scolaire franco-manitobaine est créée. Elle est la seule division scolaire francophone au Manitoba et offre le programme scolaire régulier en français à des milliers d’élèves répartis dans 23 écoles. À cela s’ajoute l’Université de Saint-Boniface, la plus vieille institution d’enseignement postsecondaire de l’Ouest canadien.

Aujourd’hui, plus de 45 000 francophones habitent au Manitoba. Les deux-tiers d’entre eux résident à Winnipeg, plus particulièrement dans les quartiers francophones de Saint-Boniface, de Saint-Vital et de Saint-Norbert. On retrouve également une population francophone dans le sud et l’ouest du Manitoba, où plusieurs villages portent des noms francophones : Bruxelles, Notre-Dame-de-Lourdes, Saint-François-Xavier et Saint-Malo. Ces francophones bénéficient de journaux comme La Liberté (Winnipeg), La Gazette (Saint-Claude), Le Montagnard (Saint-Léon) et Le papier de chez nous (La Broquerie) et d’une chaîne de radio (Envol 91,1 FM – Winnipeg). Radio-Canada est également présent au Manitoba sur ces trois plateformes (radio, télévision et Internet).

Au XXIe siècle, le Manitoba demeure une terre d’accueil pour les francophones. Aux Belges, Suisses et Français du 19e siècle, des francophones de partout à travers le Canada et du monde sont venu enrichir la communauté franco-manitobaine. D’ailleurs, lors du dernier recensement, 26% des Franco-Manitobains affirmaient ne pas être nés au Manitoba.

Franco-Manitobaines tenant le drapeau officiel de la francophonie du Manitoba. (Crédit photo : Onfr – TFO).

Des gens ayant le cœur à la fête

À travers le Manitoba, les francophones organisent une vingtaine de festivals. Le plus connu est le Festival du Voyageur, qui se tient en février de chaque année. Pendant neuf jours, près de cent mille visiteurs vont prendre part aux festivités, qui se tiennent à Saint-Boniface. Chaque juillet, le Festival des Folies Grenouilles de Saint-Pierre-Jolys permet aux visiteurs d’assister à des compétitions de saut de grenouilles!

Saviez-vous qu’un ancien archevêque de Saint-Boniface, originaire de Rivière-du-Loup, a eu un rôle important dans l’établissement d’une communauté francophone en Saskatchewan? Avec l’aide du prêtre trifluvien Louis-François Laflèche, Mgr. Alexandre Taché a fondé en 1846 l’Île-à-la-Crosse, une mission catholique francophone située dans le nord de la Saskatchewan.

Pour en savoir plus

-Le Théâtre Cercle Molière (https://www.cerclemoliere.com/)

-La Maison Gabrielle-Roy (https://www.maisongabrielleroy.mb.ca/)

-Joie de Vivre Manitoba ( http://www.joiedevivremanitoba.com/)

-La Société de la francophonie manitobaine (http://www.sfm.mb.ca/)

-Le Festival du Voyageur (https://www.heho.ca/fr/)

La Fédération des communautés francophones et acadiennes assure la défense et la promotion des droits et intérêts des francophones vivant dans neuf provinces et trois territoires au Canada. Crée en 1975, la FCFA est la voix nationale de 2,7 millions de francophones. Elle agit à titre de chef de file des organismes et institutions voués au développement des francophonies. Elle fait connaitre davantage leur diversité au Québec et consolide les liens de collaboration avec la société civile et avec le gouvernement du Québec. www.fcfa.ca